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La communauté de Jansiac

La nef des fous

Vivre en dehors du système monétaire, c'est le pari fait par cette communauté depuis maintenant près de 25 ans [en 1998, note d'OPLF]. Se définissant comme utopique, écologique et libertaire, elle n'a toutefois pas réussi à enclencher un mouvement avec elle.

La Communauté de Jansiac, aussi appelée La nef des fous, est située aujourd'hui dans la montagne au-dessus de Sisteron, dans la vallée du Jabron, à environ 1000 m d'altitude. Elle est directement issue de l'agitation de mai 1968. Pour se remettre dans le contexte de ces années-là, il faut se souvenir que beaucoup de gens pensaient que l'on allait vers une explosion brutale de la société avec le risque d'affrontements entre les groupes sociaux (le sous-titre de la Gueule Ouverte, créée en 1972, était "le journal qui annonce la fin du monde"). Il était donc important de prévoir des lieux de repli pour ne pas mourir dans les villes où la nourriture n'arriverait plus.
Au départ, plusieurs urbanistes de Paris qui mènent une action militante pour éviter que les vieux quartiers centraux ne soient rasés ou rénovés, décident de créer une communauté de travail. Comme il n'est pas question de rester en pleine ville, une première maison est louée vers Tournus (Saône-et-Loire), à proximité d'un nœud autoroutier, pour pouvoir aller travailler en région parisienne quand cela sera nécessaire. Cette première installation se fait en décembre 1970.

Ce retour à la campagne provoque très vite des envies et un premier déménagement de deux kilomètres est fait pour s'installer dans une zone plus agricole et commencer à développer un projet plus autonome. Comme c'est le début de l'implantation des centrales nucléaires, un des premiers choix du groupe va être de couper le compteur électrique et de voir comment on peut s'organiser sans la participation d'EDF.
Très rapidement l'autarcie alimentaire est obtenue. La communauté se fixe alors comme objectif de rompre avec la "vie en tranches de saucisson" en ne distinguant plus le travail du loisir, la vie privée de la vie professionnelle et évitant la distinction vie individuelle/vie de groupe, c'est-à-dire en développant une alternative à la famille. Le deuxième objectif est alors de penser la communauté comme l'élément fondateur d'une société.
Pour que cela puisse se faire, il fallait alors réfléchir à un espace suffisamment grand pour permettre la présence de plusieurs communautés dans un même lieu et ainsi étudier les échanges possibles entre ces communautés. Un terrain vaste est alors recherché. C'est comme cela qu'ils trouvent Jansiac, plus de 300 hectares qu'ils achètent pour une bouchée de pain (le prix d'un studio à Paris !). Ils s'y installent définitivement en août 1974. A cette époque, ils sont 16 personnes dont les enfants.

L'abolition du salariat

Alors que la fièvre militante retombe, les idées vont évoluer. Mais le groupe reste persuadé que l'échéance d'une implosion de la société n'est que retardée et qu'il est important de montrer qu'un autre mode de vie est possible, en particulier en refusant d'exercer une profession spécialisée. Il s'agit pour le groupe de sortir du système monétaire pour montrer que l'argent ne répond pas à un besoin mais au contraire crée ces besoins. Le travail n'est alors plus une fatalité, car seules des activités de subsistance sont indispensables si l'on accepte de sortir de la société de consommation. Si l'on dispose de la place suffisante, tout le monde peut se faire sa nourriture et se construire un logement, sans pratiquement aucun besoin financier. Non seulement cela coûte moins cher que de le faire faire, mais en plus, ayant moins de besoins, cela permet de n'y consacrer qu'un temps limité. Ceci étant une théorie, le sens de la communauté va être de montrer que cela est possible.

Critique de la division du travail

La communauté choisit de ne pas totalement boycotter l'ensemble de la société. Trois points sont acceptés : les moyens de communication (les routes et le téléphone même si celui-ci ne sera installé que lorsque les systèmes radio permettront d'éviter de mettre des poteaux à Jansiac), la santé (et la sécurité sociale) et l'information (livres et journaux). Elle va devenir très vite un lieu d'expérimentation en tout genre avec un fort intérêt pour les modes de production alternatifs d'énergie. Ainsi, pour assurer la production de pain par une méthode autonome, il faut prévoir un fauchage à la main du blé, le ramassage des gerbes avec une charrette tirée par un cheval, lui-même alimenté par du foin cultivé sur place, l'utilisation d'une batteuse récupérée fonctionnant avec un groupe électrogène alimenté par du gaz de gazogène provenant de coupes de bois faites à la cognée, l'utilisation d'un moulin à céréales mécanique et la cuisson du pain au four à bois. C'est tout à fait possible et cela ne demande pas plus de temps que de travailler pour se payer un pain tout fait.

Martin, l'un des fondateurs de la communauté, est passionné par ce genre de substitutions et la communauté a réussi ainsi pendant tout ce temps à ne pas avoir recours à l'électricité et à compléter ce qui lui manque par une ressource énergétique souvent mal utilisée : la récupération et la restauration (en particulier pour les véhicules, les machines-outils...)

À la recherche d'un modèle de société post-occidental

Véritable creuset de philosophie, le groupe essaie de comprendre ce qu'est le désir et pourquoi celui-ci se complait dans les biens matériels, le gaspillage, la consommation. Si l'on arrive à faire que ce désir se tourne vers d'autres valeurs : les relations entre les gens, la beauté du paysage, alors on peut définir un mode de vie extrêmement peu coûteux en ressources et donc se libérer du travail.

Les relations entre les gens sont remises en cause par une critique de la famille, milieu fermé et développant l'individualisme. Les relations avec le paysage remettent en cause la concentration urbaine : le désir ne se trouvant plus dans son environnement, il se recentre sur les biens matériels.

Le choix de Jansiac, une vallée suspendue au sommet de la Lure, l'une des régions où le ciel est le moins pollué, avec l'impossibilité d'où que l'on soit de voir la vallée du Jabron ou Sisteron pourtant très proche (à vol d'oiseau), le relatif isolement du lieu, accessible uniquement par un chemin forestier, tout devait concourir à créer une sorte d'émerveillement capable de sevrer le consommateur urbain qui rejoindrait le groupe. Plus qu'un terrain, le groupe a acheté un site, un paysage.

Les lieux étaient abandonnés depuis l'hiver 1941 et seules des ruines étaient présentes pour l'installation du groupe. Après 25 ans de présence, il faut reconnaître que l'impact de la communauté sur l'environnement a été extrêmement limité... même s'il n'y a pas de problème de permis de construire puisque cela ne générait aucun voisin.

Des années de défrichement

Les premières années, les visites sont très nombreuses. N'importe qui peut avoir le statut de visiteurs et participer à son gré aux activités de Jansiac, mais si une personne demande à entrer vraiment dans la communauté, ses connaissances philosophiques et ses valeurs font l'objet de nombreuses discussions collectives... On débat ainsi des nuits entières autour de livres comme ceux de Claude Lefort, Marcel Gauchet et Cornelius Castorialis (1). Les décisions doivent être prises au consensus et cela entraîne également donc des discussions sur des périodes longues. Pendant ce temps, l'aménagement des lieux de vie avance peu : le débat contribue à réchauffer un cadre spartiate où les hivers sont rudes.

Un premier projet voit le jour : après étude des lieux et en tenant compte des personnes, il est envisagé de créer six communautés sur place. Deux se mettent en place réellement et une troisième commence à se former. Le groupe dépasse alors la trentaine de personnes. Mais un conflit éclate dans l'un des deux groupes déjà en place et le nombre de personnes retombe à une vingtaine, nombre jugé trop bas pour développer le projet. Il est alors décidé de refaire un seul groupe. Cela conduit à mettre en place des filtres pour éviter que n'importe qui vienne tout remettre en cause.

Au bout de trois ans, le débat en vient à critiquer la vie collective comme étant une structure trop oppressive. Un long débat agite la communauté sur le droit à la différence. Cela débouche sur une nouvelle organisation du groupe, au début des années 80. Si le domaine économique reste communautaire, chacun dispose d'un lieu de vie privé, chacun peut se regrouper avec qui il veut. Cela a provoqué l'apparition de quatre lieux de repas... et l'impression d'une certaine inégalité.
Le phénomène était limité par le contrôle collectif des activités économiques et par les cérémonies du partage où l'on distribuait équitablement tout ce qui rentrait dans la communauté : aussi bien les récoltes que les produits de récupération venant de l'extérieur (vêtements par exemple...). Mais ce système généra de nouvelles tensions.

La communauté est-elle un nouvel État ?

Une fois de plus, des gens partirent et tout le groupe décida de revenir à un seul lieu de repas collectif. Un nouveau débat porta alors sur le terme de communauté : une communauté n'est-elle pas déjà un Etat ? Peut-on faire un groupe sans qu'apparaisse une structure qui domine les individus ? Le fait que tout le monde se retrouvait pour prendre des décisions au consensus ne détruit-il pas l'individu ? Fallait-il maintenir un Tout par dessus l'intérêt des gens ? Comment des faits deviennent progressivement des habitudes, comment la coutume devient-elle la loi ?

La "communauté" disparut au profit d'un "ensemble de personnes associées" n'ayant des intérêts communs que parce qu'elles ont des intérêts individuels. En supprimant l'Etat (la communauté), le groupe passait ainsi du collectivisme (du "communisme") à une forme libertaire (la liberté individuelle d'abord) sans sombrer dans le libéralisme (maintien des ressources économiques collectives, maintien du refus de l'argent, maintien du refus du travail spécialisé).
La communauté en se choisissant des règles adoptées pourtant par consensus provoquait en fait un développement d'un Etat comme les gens qui en demandant des feux rouges pour faire traverser les enfants entraînent une société avec plus de policiers pour faire respecter les feux rouges. Exit donc la communauté. Exit une démarche collective. Reste à définir ce que pourrait être alors une société civile sans le poids du groupe au-dessus de soi.
Si concrètement il a été relativement facile de se sortir du poids de l'argent en adoptant une vie simple, l'autoproduction et la récupération, il n'y a toujours pas de solution trouvée à ce que pourrait être cette nouvelle société.
Comment rester des individus sans retomber dans le jugement de valeur ? La production pour le groupe, même avec du troc, suppose d'attribuer une valeur à ce qui est échangé. Peut-on vivre collectivement sans donner une valeur à ce que l'on fait, sans que l'autre juge qu'il en fait plus, moins, mieux ? L'échange n'entraîne-t-il pas automatiquement l'insatisfaction ? Mais alors comment définir un projet collectif ? Comment développer le partage, le don ?

Vingt-cinq ans de discussions acharnées, de lutte permanente contre la réapparition du pouvoir n'ont pas permis de donner de solutions clés en main. Les questions sont toujours là. Comme le dit Martin : "on sait clairement ce que l'on ne veut pas, mais on ne sait toujours pas ce que l'on veut".
À côté de cela, la vie s'est quand même déroulée avec une production agricole suffisante, la mise en place d'ateliers de construction, de rénovation, et de multiples tournées pour faire de la récupération, le groupe s'étant fait tout un réseau de collectes. L'argent a été limité aux allocations familiales, cet argent permettant de financer quelques achats, en particulier dans le domaine de la santé.
Face aux questions que pose le système dominant, la communauté a plus défriché les idées que le site !

Le refus de l'école

De la même manière que le groupe a refusé l'électricité, les enfants n'ont jamais été scolarisés. Le refus de l'Education nationale a été l'un des premiers actes du groupe (dès 1971). En effet, dès le départ ils ont toujours considéré les enseignants comme les premiers gardiens du système en assurant sa reproduction. L'Education Nationale qui "éduque" est beaucoup plus efficace que l'armée qui n'intervient qu'après... et pendant bien moins longtemps. Dans ce contexte de bourrage de crâne perpétuel, avec la complicité des grands médias, il n'y a donc pas à s'étonner du peu d'initiatives alternatives qui se mettent en place, ni non plus de la faiblesse de la radicalité de la plupart de ces initiatives. L'aliénation est extrêmement forte et Martin avance qu'il n'existe probablement pas a priori d'hommes mauvais, mais beaucoup de personnes qui n'ont pas les sources d'information, qui n'ont pas le recul nécessaire.

Viable mais pas enviable ?

Les logements sommaires dans lesquels vivent les habitants de Jansiac ont changé plusieurs fois de place - ayant tendance à s'élever dans la montagne pour chercher un ensoleillement maximum en hiver... avec comme limite la hauteur des sources - et chaque fois, les chemins ont été modifiés. De même, en accord avec l'ONF qui fournit les plants, un gros travail de plantation d'arbres a été effectué. Mais certains projets - comme un barrage hydraulique - restent en chantier depuis dix ans faute de temps, faute de mains. D'autres ont vu le jour et fonctionnent relativement bien. Ainsi, à partir du gaz de gazogène produit localement, il a été mis au point une machine à vapeur qui fournit de l'électricité pour de grosses machines et dont la chaleur est récupérée pour le chauffage des habitations (principe de la co-génération). De même, des véhicules fonctionnent au gazogène, d'autres au propane. Une machine expérimentale toujours à partir de la biomasse disponible est actuellement en chantier destinée à remplacer tous les moteurs. L'année 1995 a vu l'inauguration d'une scierie et d'une menuiserie.

Par la récupération, il a été possible de se pourvoir en matériel mis à la casse mais encore en parfait état de marche : des métiers à tisser le lin pour faire des draps, des fours de fonderie pour fabriquer des pièces métalliques. C'est déjà énorme que ce matériel ait pu être ramené sur place. Ainsi, en 25 ans, Jansiac est devenu un site toujours plus ouvert, avec plus de potentialités. Malheureusement, les ressources humaines n'ont pas vraiment suivi.

Pourtant des centaines et des centaines de personnes ont rendu visite à Jansiac, découvrant ce haut-lieu philosophique, participant souvent aux travaux, restant parfois plusieurs mois sur place. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'une discussion avec les gens qui ne sont pas restés ne donne jamais un aspect négatif des choses : il y a bien quelques tensions interpersonnelles, mais tout le monde a eu conscience de trouver là les questions qu'il se pose, d'y voir des amorces de réponse, d'y vivre un moment exceptionnel pour son évolution personnelle, mais bien peu ont franchi le pas d'y rester. Trop dur. Usant. Décourageant."Viable mais pas enviable" conclut Martin, l'un des fondateurs.

Autour de Jansiac

Toutefois, si la rupture demandée était trop importante, de nombreux visiteurs ont souhaité poursuivre l'expérience en apportant une aide d'une manière ou d'une autre. Vers le milieu des années 80 s'est alors mis en place un réseau d'entraide nommé Oïkos qui devait permettre d'élargir la notion de partage avec des gens ne vivant pas à Jansiac, mais qui en soutiennent les idées. Ainsi, il a été envisagé que des gens puissent, en milieu urbain, se lancer dans des activités demandant peu de place (comme par exemple la préparation de confitures) ou pour participer à certains travaux (collectes de fruits dans des exploitations abandonnées, récupération de matériel auto ensuite stocké à Jansiac qui devient rapidement un lieu de remise en état pour les autos.... Un journal de liaison voyait même le jour. Mais, alors que le peu d''argent circulant à Jansiac était géré en commun, ce n'était plus possible dans cette structure mixte et l'on a eu une nouvelle fois un glissement progressif du partage vers le troc, c'est à dire d'un échange sans estimation de valeur à un échange avec valeur. Ce réseau d'entraide a donc été remis en cause après trois ans de fonctionnement. Toutefois s'il n'existe plus de manière formelle, il continue à y avoir des échanges avec des personnes extérieures.

Le sens de la fête

Le besoin de faire la fête n'est-il pas le symptôme que l'on ne se sent pas bien dans le fonctionnement au quotidien du groupe. Si effectivement travail et loisir ne font qu'un, la fête n'est-elle pas permanente ? Les fondateurs du groupe pensent que lorsque ce besoin apparaît, c'est qu'une question se pose et qu'il faut en chercher la réponse. Cette opinion a soulevé des objections : si la fête institutionnelle est effectivement un moyen de faire passer la pilule dans une société qui méprise l'homme, il n'en est pas de même avec l'humeur de fête que l'on peut avoir un jour simplement parce que ce jour-là il fait beau... De plus les enfants, qui lisent beaucoup, posaient beaucoup de questions sur les fêtes traditionnelles (Noël en particulier). Il a donc été décidé de marquer par des journées spéciales les changements de saisons (le jour le plus long, la nuit la plus longue, les premières fleurs...). Il a également été mis en place la possibilité pour chacun de pouvoir changer de nom s'il voulait indiquer aux autres son intention de prendre un nouveau départ. Chaque changement de nom donne l'occasion de faire un gâteau... et les enfants ont vite compris le truc en changeant parfois de nom toutes les semaines.

Le mieux est l'ennemi du bien

Le visiteur qui se rend à Jansiac ne peut que s'étonner de ce que la Nef des Fous n'en soit restée qu'à ce stade expérimental. L'idée de base d'arriver à créer plusieurs communautés pour tester un "modèle de société post-occidental" n'a pas réussi à se stabiliser et surtout, le groupe, trop pris dans ses expérimentations, n'a pas réussi à donner envie à d'autres personnes de le rejoindre : le noyau de base a presque toujours navigué entre 10 et 20 personnes. L'autarcie poussée à ce niveau semble décourager beaucoup de bonnes volontés et l'un des échecs les plus ressentis dans le groupe est aujourd'hui le risque de départ progressif des enfants.

Ce genre de lieu devrait pouvoir accueillir un grand nombre de personnes. Les exclus du système pourraient trouver dans ce site de quoi se lancer dans leurs propres expériences. Mais cela suppose peut-être des "fous" de Jansiac d'accepter certaines concessions collectives, d'aller discuter un peu plus à l'extérieur... en particulier avec d'autres communautés (même si l'on diverge sur certains points).

Une des raisons régulièrement évoquées pour ne pas aller parler à l'extérieur est la modestie des résultats, les erreurs commises, le temps perdu, l'absence de réponses... Cette question d'avoir quelque chose à dire à l'extérieur a divisé récemment le groupe : faut-il attendre que quelque chose soit parfait pour en parler ? Trois parmi les derniers arrivants ont animé un débat sur le droit à l'erreur. Cela s'est envenimé et ils sont partis. Mais cela a permis d'enclencher une certaine volonté d'ouverture.

En effet, la situation actuelle est un cercle vicieux : comme il manque de monde pour être à la hauteur des projets, on travaille dans l'urgence, comme il y a trop de travail, on n'a pas le temps d'aller discuter à l'extérieur, comme on ne discute pas à l'extérieur, il n'y a pas assez de monde...

Puisque le groupe n'a pas le temps de s'exprimer à l'extérieur, l'une des solutions choisies a finalement été d'accepter que l'on écrive sur eux de l'extérieur... et après 13 ans d'attente, Silence a enfin pu faire cet article ! (2) Autre changement récent : la récupération à Genève pour un prix très faible d'un chalet de 270 m2 va permettre d'améliorer le confort du groupe et d'accueillir des visiteurs.

L'avenir de Jansiac et son savoir encyclopédique n'est pas aujourd'hui assuré : les personnes vieillissent. "On aime toujours autant courir dans ce paysage, mais on court moins vite" nous confie Marjolaine. Tant pis si la destruction de l'"État" n'est pas absolue : progressivement le groupe apprend à mieux doser les compromis. Espérons que cela sera suffisant pour qu'enfin le projet prenne son envol. Sinon, quel gaspillage intellectuel ce serait.

Michel BERNARD

  • (1) Claude Lefort a publié Le discours de la servitude volontaire de la Boétie et la question du politique (1985, Ed. Payot), Essais sur le politique (1986, Ed. Seuil), L'invention démocratique (1981, Ed. Fayard, réédité en 1995 en poche par Ed. Pocket). Autres livres de référence : Etienne de la Boétie, Le discours de la servitude volontaire, (Ed. Pyot, 1976), Max Stirner, Œuvres complètes (1972, Ed. L'Age d'Homme), Murray Bookchin Vers une société écologique , Merleau-Ponty Le visible et l'invisible (1964, Ed. Gallimard), Miguel Abensour William Morris, utopie libertaire et novation technique ! dans Imaginaire Subversif (1982, Ed. Noir et Atelier de Création Libertaire) et L'histoire de l'utopie et le destin de sa critique dans la revue Textures n°73/6-7 et 74/8-9.
  • (2) Nous avions fait la demande pour un tel article pour publication dans le premier numéro de Silence en 1982 !

Pour aller plus loin : L'utopie d'Aper Sonn ou le nouveau site

Article publié initialement le 17/09/2004

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